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Ladakh,
petit Tibet libre
Leh,
capitale du Ladakh, district de l'Etat indien du Jammu et Cachemire,
est devenue la ville la plus tibétaine au monde, depuis que
Lhassa et les autres villes du Tibet occupé par les Chinois ont
été sinisées de force. Pour retrouver des bribes
de Tibet,
on peut aller à Daramsala, au Népal ou au
Bhoutan. Mais le seul espace tibétain encore digne de ce
nom, où reste vivace l'esprit libre des tibétains, c'est
le Ladakh, appelé aussi "Petit Tibet".
Ce petit Tibet captive l'imagination autant pour sa tradition
religieuse bouddhiste vivante que par sa situation
géographique exceptionnelle à l'ouest du
« toit du monde » ou « pays des neiges
». Après tant d'autres, en ce mois de juillet
2004, nous avons été émerveillés
par la richesse du patrimoine et la beauté spectaculaire des
paysages, sommes tombés sous le charme de ses habitants.
Partis pour un trek "le sentier des grands monastères"
(Nouvelles frontières), nous avons découvert un univers
fantastique alliant mythe incarné et
réalité merveilleuse.
Le matin (5h), les premiers rayons du soleil viennent enflammer les
cimes enneigées, la trompe et le gong résonnent
dans les vallées du Ladakh. Les villageois ravivent les
braises du feu de bouse, préparent le thé salé au
beurre de yak et à la tsampa (farine d’orge
grillée). Les lamas et les moinillons, drappés de
leurs robes pourpres, orthodoxes (bonnets rouges) ou
réformés (bonnets jaunes - chastes), psalmodient
des mantras; les lampes à beurre (dhara) brûlent
doucement.
Le Ladakh est un domaine sacré et mystérieux,
où le réel perd de sa netteté. Les
enfants malicieux vous désarçonnent par leur
curiosité, curieux mais pas en position
d'infériorité, convaincus de la beauté
et de la force de leur culture. En visite chez l'un des muletiers qui
accompagne votre trek, vous assistez, en douce, à
l'arrivée de la lhamo, guérisseuse mi- chamane, mi-nonne
bouddhiste. A l'issue d'un rituel compliqué, elle
entre en transe puis sa voix change, celle qui s'exprime alors par sa
bouche, en direct d'un grand lama disparu (???) soigne enfants et
viellards qui lui sont présentés. Plus tard, le chang
aidant, ladakhis et français communient dans de
longues danses hindies sur les tubes de Bolliwood...
Pour en arriver là, il a fallu endurer d'abord l'altitude.
Leh est à 3500 m, il faut s'y adapter au moins un jour, tous
sont plus ou moins malades, le temps que les globules se multiplient.
Le soleil, ardent à cette altitude. La sécheresse
de l'air, qui creuse les lèvres. La poussière,
qui irrite les yeux et fait saigner le nez. La pollution de Leh et de
ses environs immédiats, comme si le manque
d'oxygène rendait plus insupportable le gazole mal
filtré. Les cahots et la poussière, les dangers
de la route transhimalayenne (quelques slogans datant de Nehru:
"Ladakh, the pride of India", "It's a highway [de 3 mètres
de large], not a runaway","Don't be gamer in the land of Lamas", et la
plus belle, qui serait bonne à afficher au fronton de tous nos
monuments: "l'unité dans la diversité,
voilà notre force"). La pureté cristalline de
l'air, qui fait douter des distances. L’immensité des
paysages minéraux, qui éblouissent. Les cols
à gravir, souvent bien raides.
Vous avez déjà vu Leh, petits: Hergé
s'en est inspiré dans son "Tintin au Tibet ". La rue de Leh
ressemble toujours à la vue figurant dans cet album, avec le
palais majestueux en arrière plan. Nous n'avons pas
trouvé le yéti, par contre Chang était
bien présent! Ce voyage au Ladakh était une
occasion enchanteresse de remonter le temps pour rencontrer une
civilisation extraordiaire.
Survivra-t-elle au modernisme? Notons que l'intelligence de la
population permet de s'y adapter, en prenant le meilleur (exemple,
l'énergie solaire y est bien plus utilisée qu'en
France) et en rejetant le pire (exemple, campagne très
suivie pour refuser les plastiques à la source, nous serions
bien inspirés de faire de même).
Au Ladakh, on parle ourdou et anglais, sans oublier pour autant le
tibétain (et on l'écrit). Le dalaï-lama,
visitant souvent ces contrées, les a
réveillées pour que la culture
tibétaine y reste vivace, mais pas figée et
ouverte au monde. Vous avez peut-être vu le film "La coupe"
qui montre ce mélange de tradition et
d'espièglerie face aux modes occidentales. Le Ladakh reste
un bastion du Tibet.
La promenade dans les rues de Leh reste un moment inoubliable
où le pittoresque fleurit à chaque recoin,
malgré la crasse et les klaxons : terrain de polo, bazars,
moines actionnant des moulins à prières,
pèlerins affluant de divers villages, portant l'habit
traditionnel, femmes ornées d’ambre et de turquoise (lourde
coiffe appelée pérak, on rajoutait une pierre
à chaque mariage), marchands locaux (on ne marchande pas) et
cachemiris (ne pas marchander serait mal vu) étalant pierres
précieuses, objets de rituels tantriques et pacotille made
in Taiwan. Incroyable, ces tibétaines vendant leurs quelques
navets et petits pois parfaitement brossés à
même le trottoir.
Mais
nous vous conseillons surtout la boutique
du centre d'écologie du Ladakh (après la
mosquée, à gauche, à droite puis
à gauche) qui vend:
* dans une minuscule pièce de l'eau, du
yaourt et du jus d'abricot (chuli-chu, délicieux), des abricots
frais ou secs, et divers produits bios avec de grandes rigolades et des
marques d'amitié,
* dans une autre, 10 mètres plus loin,
des tee-shirts et autres vêtements colorés naturellement.
Egalement, quoique plus touristique, la boutique de Choglamsar, le
centre des réfugiés tibétains. Beaucoup plus loin
(110 km), la menuiserie de Wanla et ses sculptures sur bois
étonnament fines (demander des pièces de petite taille
pour le transport).
Et
puis, il y a les temples et leurs peintures murales, les
fêtes, les danses, le palais de Stok, où vit la
reine du Ladakh, tolérée par Delhi, et son
étonnant musée. S'y trouvent depuis peu 35 grands
tangkas magnifiques et en parfait état, faisant
paraître bien fades et dégradées les
collections du musée Guimet. Ils étaient
cachés, le dalaï-lama a ordonné de les
montrer au grand jour pour maintenir la culture tibétaine.
Nous avons assisté, à Hémis, à la
visite du Rimpoché, dignitaire religieux local, ordonnant le
tracé d'un futur musée: non, ces
gens-là ne manquent pas d'avenir.
L’architecture tibétaine sait choisir des endroits
fantastiques, tels que le cirque de Ridzong, le promontoire de Phyang
ou l'ancien lac de Lamayuru. Mais ce sont les hommes qui ornent les
maisons, les cols, des sommets, de drapeaux de prière. Et il
faut absolument voir ce récent et génial moulin
à prière démultiplié de la
haute vallée Tia: difficile à décrire,
tellement ingénieux pour un mécanisme qui n'a
d'autre objet que d'égréner des
prières dans le vent...
Etonnante cohabitation, non seulement entre ladakhis et touristes, mais
aussi avec les musulmans, ici transfigurés et
tolérants comme dans l'ancienne Andalousie. Avec les
militaires omniprésent aussi, sans doute mieux
inspirés ici qu'ailleurs. Leurs devises posées en
petits galets blancs dans le sable des éboulis ("touch the
sky with glory") ne semblent pas déplacées.
Un voyage au Ladakh permet de croire un peu plus en l'homme. Que
l'harmonie existe, la tolérance et que la planète
a un futur. Que la magie et l'esprit, peut-être,
arrêteront à temps notre course folle.
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